Titre du film : L’arbre et la forêt
Durée : 1h37
Réalisation : Olivier Ducastel et Jacques Martineau
Depuis Jeanne et le garçon formidable, leur premier long métrage hommage à Jacques Demy (dont Olivier Ducastel fut assistant sur le dernier film 3 places pour le 26), Olivier Ducastel et Jacques Martineau arpentent dans le cinéma français un chemin singulier, dévoilant la différence homosexuelle avec ce qu’elle génère de tragique (le sida), d’exclusion (l’exil, Drôle de Félix) mais aussi de possible et de joyeux (Coquillages et crustacés).
L’arbre et la forêt leur 6ème long métrage nourrit et renouvelle cette veine tout en l’enfouissant à nouveau dans la matrice familiale. La tragédie intimiste que porte l’arbre et la forêt se focalise sur le personnage de Fréderik (interprété par Guy Marchand) mélomane (il réveille sa maison avec Wagner), solitaire (il se promène seul en forêt plutôt que d’assister à l’enterrement de son fils aîné).
Le film se situe en octobre 1999 au crépuscule du XX ème siècle et de ses tragédies que les cinéastes évoquent dès le premier plan avec la rencontre de Fréderik et d’un molosse qui l’effraie démesurément. La famille, rassemblée en région Centre (une voiture immatriculée 45, une allusion dans un dialogue fait état d’Orléans), se décompose, s’affronte (éclats violents entre Fréderik et son second fils (joué par François Négret) pour faire surgir finalement les raisons de cette absence. Très vite Élisabeth la femme de Fréderik (interprétée par Françoise Fabian) évoque le passé de son mari (alsacien, déporté) comme pour mieux nouer l’origine du drame. Profitant de l’anniversaire de sa femme, Fréderik dévoile les raisons de son absence à l’enterrement de son fils, le secret que son fils connaissait et qu’il lui interdisait de dévoiler : son homosexualité (et Sa déportation pour fait d’homosexualité).
Au delà de ses confidences, de cette trajectoire personnelle, il s’agit pour Fréderik de nourrir la mémoire, de rendre à l’horreur du génocide ce que certaines minorités ont payé. Parvenu au seuil de sa vie, il entend aussi transmettre aux siens et son histoire (son arbre) et ses biens ( sa forêt) comme un tout indissociable, sans compartimentation. Dans une dernière scène sa petite fille Delphine (Sabrina Seyvecou) et son petit ami Rémi (Yannick Rénier) se cherchent s’enroulent autour de l’arbre planté par Frédérik et se promettent de ne pas l’arracher.
Un film sensible, rigoureux, digne, qui à l’aube de la reconnaissance de la déportation homosexuelle (2001) enrichit le regard, matérialise les souffrances que l’homosexualité génère encore dans nos sociétés pourtant nourries depuis un demi-siècle par le souci de l’égalité des droits.
Actuellement au Cinéma Les Carmes à Orléans.
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SOIRÉE ROUGE 
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